Métallurgie : ton dimanche exceptionnel est payé double
Chaudronnier, soudeur, usineur, monteur, technicien de maintenance, agent de maîtrise, ingénieur : depuis le 1er janvier 2024, une seule convention couvre toute la métallurgie. Elle prévoit +100 % pour un dimanche travaillé exceptionnellement, +50 % pour un jour férié, +25 % pour la nuit, et +100 % pour ton jour de repos hebdomadaire quand ce n'est pas le dimanche. Et surtout : ces majorations s'ajoutent à celles des heures supplémentaires, ce que beaucoup de branches ne permettent pas. Voici les réponses à tes questions.
1. Le dimanche : +100 %, si c'est exceptionnel
Ta convention est directe : les heures de travail exceptionnellement réalisées un dimanche ouvrent droit à une majoration du salaire réel égale à 100 % du salaire de base. Ton dimanche vaut donc le double.
Le mot qui commande tout, c'est « exceptionnellement ». Si ton atelier tourne habituellement le dimanche, cette majoration ne s'applique pas. Sauf si tu es dans l'équipe du week-end (ta convention l'appelle « équipe de suppléance »), celle qui remplace l'équipe de la semaine pendant ses jours de repos : ta rémunération est alors majorée d'au moins 50 % par rapport à la même durée faite à l'horaire normal. Sur un week-end de deux postes de 12 heures à 14,00 €, cela fait 168,00 € de majoration. Cette majoration ne se cumule pas avec les autres majorations liées à tes horaires (nuit, dimanche, jour férié) : c'est la plus forte qui compte. Elle ne vaut pas quand tu remplaces l'équipe de semaine un jour de semaine.
Ce que fait l'application : elle te demande si tu fais partie de cette équipe, et compte alors +50 % sur tes heures du samedi et du dimanche. Si ton équipe commence dès le vendredi soir, ces heures-là ne sont pas comptées : vérifie-les sur ta fiche de paie.
Ce que ça vaut : un poste de 8 heures un dimanche à 14,00 € de l'heure donne 112,00 € de salaire normal, plus 112,00 € de majoration.
2. Ton jour de repos hebdomadaire : +100 % aussi
C'est la règle la moins connue de cette convention, et elle peut valoir cher. Le même article prévoit que lorsque ton jour de repos hebdomadaire est attribué un autre jour que le dimanche, les heures travaillées exceptionnellement ce jour-là ouvrent droit à une majoration de 100 %, au même taux qu'un dimanche.
Elle vise directement l'équipe du week-end et les organisations en continu, où le repos tombe en semaine. Si tu es rappelé sur ton jour de repos, ce n'est pas une journée ordinaire.
3. Les jours fériés : +50 %
Un jour férié travaillé exceptionnellement est majoré de 50 %. Le taux est deux fois plus bas que celui du dimanche et du jour de repos : c'est écrit ainsi dans le texte, ce n'est pas une erreur.
La même condition s'applique : si les jours fériés sont habituellement travaillés chez toi, la branche ne prévoit pas de majoration.
4. La nuit : deux droits, et ils ne se calculent pas pareil
Ta plage de nuit est 21 heures - 6 heures. Et ta convention prévoit deux taux différents selon que la nuit est exceptionnelle ou habituelle.
Nuit exceptionnelle : +25 %. Elle majore de 25 % du salaire de base les heures faites exceptionnellement entre 21 h et 6 h.
Nuit habituelle : 15 % du salaire minimum hiérarchique, pour un poste comptant au moins 6 heures entre 21 h et 6 h. Attention à la base de calcul : ces 15 % se comptent sur le minimum de ta classification, pas sur ton salaire réel. Si tu es payé au-dessus du minimum de ta grille, le montant est donc inférieur à 15 % de ton taux horaire. L'application ne le chiffre pas : il faut ta classification pour le calculer, et le montant se vérifie ligne à ligne sur ta fiche de paie.
Si tu as le statut de travailleur de nuit, deux droits s'ajoutent. Tu deviens travailleur de nuit à partir de 3 heures de nuit deux fois par semaine, ou de 320 heures sur 12 mois consécutifs. Tu as alors droit à un repos de 20 minutes pour chaque semaine où tu travailles de nuit, même peu, et de 16 heures au plus sur 12 mois : Pointaloo le compte, semaine par semaine. S'il existe déjà dans ton entreprise une réduction d'horaire pour le travail en équipes successives de nuit, ce repos ne s'y ajoute pas. Un poste de nuit de plus de 8 heures te donne en plus un repos égal au dépassement, que Pointaloo ajoute à ta récupération. Et une indemnité de repas de nuit t'est due dès 6 heures de travail dans la plage, si tu es obligé de manger sur ton lieu de travail : ni retour chez toi, ni cantine, ni restaurant possible.
5. Heures supplémentaires et contingent : 25 %, 50 %, et 220 heures
Au-delà de 35 heures par semaine : +25 % pour les huit premières heures, puis +50 % à partir de la 44e heure.
Ton contingent est de 220 heures par an. Une réserve importante : il tombe à 175 heures si ton temps de travail est décompté sur 12 mois. L'application te demande si ton temps de travail est compté sur l'année : si oui, elle compte 175 heures, et ta contrepartie en repos commence dès la 176e heure. Tant que tu n'as pas répondu, elle compte 220 heures.
Deux contingents complémentaires existent en plus : 80 heures une année sur deux, dont les heures sont majorées de 25 points de plus (50 % puis 75 %), et 150 heures avec ton accord écrit. Au-delà du contingent, chaque heure supplémentaire ouvre droit à une contrepartie obligatoire en repos : 30 minutes par heure dans les entreprises de 20 salariés au plus, 1 heure par heure au-delà.
6. À temps partiel ou sur l'année : ton planning changé tard, ta journée coupée
Ton planning changé tard. À temps partiel, ton employeur doit te prévenir au moins 7 jours ouvrés avant de changer la répartition de tes heures (du lundi au samedi, fériés exclus) ; si ton temps de travail est compté sur l'année, au moins 9 jours. Il peut raccourcir ce délai (jusqu'à 3 jours ouvrés à temps partiel), mais il te doit alors, pour chaque mois où ça arrive, une indemnité d'au moins la moitié de ton taux horaire : à 14 € de l'heure, 7 € pour le mois, une seule fois même si ça arrive trois fois.
Ta journée coupée. À temps partiel, ta journée ne peut être coupée qu'une fois, et pas plus de 2 heures. Ton employeur peut aller jusqu'à deux coupures, ou une coupure plus longue, si ta journée ne dépasse pas 11 heures du début à la fin : il te doit alors, pour chaque mois où ça arrive, la même indemnité, la moitié de ton taux horaire. Les deux indemnités s'ajoutent.
Ce que fait l'application : elle te demande si ton planning change parfois au dernier moment, puis tu lui dis quelle journée a changé et quand on t'a prévenu. Les coupures, elle les voit dans tes pointages sans rien te demander, à partir de 30 minutes d'arrêt entre deux moments de travail. Elle ajoute l'indemnité à la paie du mois. Ton employeur peut te la verser en une fois dans l'année, au plus tard le mois qui suit la fin de ta période si ton temps est compté sur l'année, ou te la rendre en repos : si elle manque sur une fiche, ce n'est pas forcément un oubli, mais elle doit t'être donnée dans l'année.
La règle qui change tes montants : elles s'ajoutent, mais pas entre elles
Deux précisions du texte, et elles vont en sens inverse.
Elles s'ajoutent aux heures supplémentaires. Ta convention le dit expressément : la majoration « n'exclut pas les éventuelles majorations pour heures supplémentaires ». Un dimanche qui te fait aussi dépasser 35 heures te donne les deux. Beaucoup de branches font l'inverse, où l'une remplace l'autre : vérifie bien ce point sur ta fiche de paie.
Mais elles ne se cumulent pas entre elles. Lorsqu'un même travail ouvre droit à plusieurs de ces majorations, seule la plus élevée est retenue. Une nuit de dimanche ne donne donc pas 25 % + 100 %, mais 100 %.
Et les accords de ton département ?
La métallurgie est la branche la plus locale de France, et c'est une vraie question. Les accords de département qui touchent la nuit, le dimanche ou les jours fériés ont été relus un par un : aucun ne change les majorations ci-dessus, qui sont donc les mêmes partout en France. Ils portent des valeurs de point de prime d'ancienneté, des indemnités de panier, des jours de fête locale chômés, et parfois une indemnité de rappel plus élevée la nuit, le dimanche ou un jour férié (Drôme-Ardèche, Isère-Hautes-Alpes). L'accord du Pas-de-Calais sur la Saint-Éloi n'est pas étendu : il ne vaut que si ton employeur adhère à une organisation signataire.
Tes minima de salaire, eux, sont nationaux depuis 2024 : un barème unique de salaires minima hiérarchiques par classe d'emplois. Seule la valeur du point de ta prime d'ancienneté se négocie encore département par département.
Tu indiques ta convention une seule fois, et tu réponds à quelques questions simples : tes dimanches, fériés et jours de repos sont-ils habituellement travaillés, tes heures de nuit font-elles partie de ton horaire, ton temps est-il compté sur l'année, et ton planning change-t-il parfois au dernier moment ? L'application applique ensuite les bons taux au fil de tes journées, en gardant la majoration la plus élevée quand plusieurs se croisent, et en les ajoutant à tes heures supplémentaires comme le texte l'exige. Elle te dit ce qui reste réellement sur ton compte après cotisations, pas seulement le brut. Si l'écart avec ta fiche de paie est réel, elle rédige la lettre de réclamation à ta place, avec l'article qui la fonde.
Sources et dates : Convention collective nationale de la métallurgie du 7 février 2022, étendue par arrêté du 14 décembre 2022, en vigueur depuis le 1er janvier 2024, articles 99.2, 99.4, 101.4, 107.6, 108, 110, 111, 117.4, 138, 142, 145, 146 et 147. Textes lus à la source jusqu'au 29 septembre 2026, accords de département compris. Un accord d'entreprise peut prévoir davantage, et c'est alors lui qui s'applique.
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