Ton IFM et ton ICCP sont-elles bien calculées ?
Sur une fiche de paie d'intérimaire, deux lignes ne ressemblent à rien de ce qu'on trouve ailleurs : l'indemnité de fin de mission et l'indemnité compensatrice de congés payés. Ensemble, elles pèsent environ un cinquième de ton brut. Presque personne ne les recalcule. Elles se vérifient pourtant en deux additions.
D'abord, qui est ton employeur ?
C'est l'agence d'intérim, appelée entreprise de travail temporaire. C'est elle qui te paie et qui établit ta fiche. L'entreprise où tu vas travailler, appelée entreprise utilisatrice, ne te paie pas : elle paie une facture à l'agence.
Cette distinction a une conséquence directe sur ton argent, et c'est la première chose à comprendre.
Ton taux horaire ne vient pas de ton agence
La convention collective imprimée sur ta fiche est celle de l'agence, le travail temporaire. Mais ce n'est pas elle qui fixe ce que tu dois toucher.
L'article L.1251-18 pose l'égalité de traitement : ta rémunération ne peut pas être inférieure à celle que percevrait un salarié de qualification équivalente occupant le même poste dans l'entreprise où tu es en mission. C'est donc la convention de cette entreprise qui fixe tes majorations de nuit, de dimanche et de jours fériés.
Un droit que peu d'intérimaires connaissent : le même article ajoute que « le paiement des jours fériés est dû au salarié temporaire indépendamment de son ancienneté dès lors que les salariés de l'entreprise utilisatrice en bénéficient ». Aucune condition de trois mois, aucun délai de carence.
L'indemnité de fin de mission : 10 % de tout
Elle s'écrit souvent « IFM » sur les fiches, parfois « indemnité de précarité ». Elle compense le fait que ton emploi s'arrête à la fin de la mission.
L'article L.1251-32 est précis : elle est « égale à 10 % de la rémunération totale brute due au salarié », et elle « s'ajoute » à cette rémunération. Elle ne se prélève donc pas sur ton salaire, elle vient par-dessus.
« Rémunération totale brute » veut dire tout : ton salaire de base, mais aussi tes heures supplémentaires, tes majorations de nuit ou de dimanche, tes primes soumises à cotisations. Pas seulement ton salaire de base.
Le texte précise enfin qu'elle est versée « à l'issue de chaque mission effectivement accomplie, en même temps que le dernier salaire dû au titre de celle-ci », et qu'elle « figure sur le bulletin de salaire ». Si tu ne la vois nulle part, c'est une question à poser.
Les cas où elle n'est pas due
Ils existent, et il vaut mieux les connaître avant de réclamer. L'article L.1251-33 les énumère :
- quand tu romps toi-même ton contrat avant son terme ;
- en cas de faute grave ou de force majeure ;
- pour certains contrats saisonniers ou d'usage, si un accord étendu de la branche du travail temporaire le prévoit ;
- pour les contrats de mission-formation de l'article L.1251-57.
Et une dernière, écrite dans l'article L.1251-32 lui-même : elle n'est pas due si, à l'issue de la mission, tu es embauché immédiatement en CDI par l'entreprise utilisatrice.
L'indemnité de congés payés : la base qui change tout
Elle s'écrit « ICCP », parfois « ICP » ou « indemnité CP ». Un intérimaire ne pose pas de congés au fil de ses missions : il reçoit une indemnité à la place, à chaque fin de mission, « quelle qu'en ait été la durée ».
L'article L.1251-19 fixe un plancher : elle « ne peut être inférieure au dixième de la rémunération totale brute perçue par le salarié pendant la mission ».
Reste une question, et c'est là que se joue l'argent : est-ce que l'indemnité de fin de mission entre dans cette base ?
La réponse est oui, et elle est écrite. L'article D.3141-8 du Code du travail dit en une phrase : « L'indemnité de fin de mission, prévue à l'article L.1251-32, est prise en compte pour la détermination de la rémunération totale. » Et la Cour de cassation l'a confirmé le 5 avril 2018, dans un arrêt publié au bulletin : le calcul de l'indemnité compensatrice de congés payés de l'intérimaire « n'obéit à aucune spécificité autre que celle […] de l'inclusion dans son assiette de l'indemnité de fin de mission ».
Ce qu'on observe pourtant : des fiches, et même des exemples publiés par des éditeurs de paie, calculent l'indemnité de congés payés sur le salaire seul. L'écart représente 1 % de ton salaire par mission. Ce n'est pas énorme sur une mission, cela le devient sur une année entière d'intérim. Comme c'est un plancher et non un plafond, rien n'interdit à ton agence de faire mieux : c'est le moins qui pose question.
Le calcul, en deux additions
Prenons une mission payée 1 800 € brut, heures supplémentaires et majorations comprises.
- Indemnité de fin de mission : 1 800 × 10 % = 180 €.
- Indemnité de congés payés : la base est 1 800 + 180 = 1 980 €, donc le plancher est de 198 €.
- Total brut : 1 800 + 180 + 198 = 2 178 €.
Sur une fiche qui calculerait l'indemnité de congés payés sur le salaire seul, elle vaudrait 180 € au lieu de 198 € : 18 € de moins. Sur dix missions dans l'année, ce sont 180 €.
La méthode, pour la refaire chez toi : additionne tout ton brut de la mission, prends-en 10 %, tu as l'indemnité de fin de mission. Additionne ce brut et cette indemnité, prends-en 10 %, tu as le plancher de l'indemnité de congés payés.
Les deux indemnités sont soumises à cotisations
Elles font partie de ton brut : elles supportent les cotisations sociales et l'impôt comme le reste de ton salaire. Une fiche qui les afficherait en net, ou qui les sortirait du brut soumis à cotisations, mérite une question.
Quatre vérifications sur ta fiche
- Les deux lignes existent-elles ? L'indemnité de fin de mission doit figurer sur le bulletin, le texte l'exige. L'indemnité de congés payés aussi.
- Le taux affiché est-il bien 10 % ? Il est presque toujours imprimé à côté du montant.
- Sur quelle base ? C'est le point à regarder de près pour l'indemnité de congés payés. Si son montant est identique à celui de l'indemnité de fin de mission, c'est qu'elle a été calculée sur le salaire seul.
- Ton taux horaire correspond-il au poste ? Il doit être celui de l'entreprise où tu travailles, pas un minimum de l'agence. Notre guide sur la convention collective explique comment vérifier.
Et si tu constates un écart : tu disposes de trois ans pour réclamer un salaire qui ne t'a pas été versé, mission par mission.
Pointaloo compte tes heures réelles mission par mission et les compare à ce que ta fiche t'a versé. Quand ta fiche indique un contrat d'intérim, l'app cesse de comparer tes majorations à la convention de ton agence, puisque ce sont celles de l'entreprise où tu travailles qui s'appliquent. La fiche « Intérim » de la rubrique Tes droits te donne le calcul des deux indemnités, à refaire sur ta propre feuille.
Sources : Code du travail, articles L.1251-18, L.1251-19, L.1251-32, L.1251-33, L.1251-57 et D.3141-8, lus sur Légifrance et en vigueur au 15 août 2026. Sur la base de l'indemnité de congés payés : Cour de cassation, chambre sociale, 5 avril 2018, pourvoi n° 16-25.428, publié au bulletin. Ta convention, ton accord d'entreprise ou ton contrat peuvent prévoir mieux, et ce sont ces documents qui font foi pour toi. En cas de désaccord persistant avec ton agence, l'inspection du travail et le conseil de prud'hommes sont compétents.
Pour aller plus loin
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