Journalistes : ta nuit se paie 15 % du barème, heure par heure
Rédacteur, reporter, secrétaire de rédaction, photographe, journaliste reporter d'images, chef d'édition ou pigiste : si tu boucles tard, ta convention te donne un droit que le Code du travail ne prévoit nulle part. Chaque heure travaillée entre 21 heures et 6 heures te vaut 15 % du salaire de barème, à une condition : que ta journée de travail finisse après 23 heures. Voici les réponses à tes questions.
1. Ta nuit se paie 15 % du barème, heure par heure
C'est le droit le plus fort de ta branche : chaque heure effectivement travaillée entre 21 heures et 6 heures du matin ouvre droit à une rémunération supplémentaire de 15 % du salaire de barème, calculée au prorata du temps réellement passé dans cette plage. Une demi-heure de nuit vaut une demi-prime.
Pourquoi ça compte : le Code du travail ne fixe aucun taux de nuit. Cette prime ne remplace donc rien, elle s'ajoute à ce que la loi te garantit déjà.
Elle doit se voir sur ta paie : la prime est attachée à ta fonction et fait l'objet d'une mention spéciale sur ton bulletin. Si tu travailles la nuit et qu'aucune ligne distincte n'apparaît, tu as une question à poser.
Un exemple : le minimum de ta grille est de 2 275 € par mois, soit 15,00 € de l'heure de barème. Chaque heure de nuit te vaut donc 2,25 € de plus. Un bouclage de 18 heures à 1 heure du matin compte 4 heures de nuit, soit 9,00 €. Sur quatre bouclages par semaine, 36,00 € ; sur seize dans le mois, 144,00 € bruts.
Pour le refaire chez toi : divise le minimum mensuel de ta grille par 151,67, multiplie le résultat par 0,15, puis multiplie par ton nombre d'heures entre 21 heures et 6 heures.
2. Deux pièges : le barème n'est pas ton salaire, et il faut finir après 23 heures
Le premier : la prime se calcule sur le salaire de barème, c'est-à-dire le minimum de ta grille pour ta forme de presse et ton coefficient, jamais sur ce que tu touches. Si ton employeur te paie au-dessus de ton minimum, ta prime de nuit ne suit pas : elle reste assise sur la grille. Tu trouves ce minimum sur ta fiche de paie, auprès de ton employeur ou des représentants du personnel.
Le second : la plage de 21 heures à 6 heures ne suffit pas. Il faut que ta journée de travail finisse après 23 heures. Une soirée qui s'arrête à 22 h 30 n'ouvre aucune prime, même si une heure et demie a été travaillée après 21 heures. Finir à 23 heures pile ne suffit pas non plus : c'est après.
Et une exclusion par fonction. La prime n'est pas due :
- aux reporters dont le travail de nuit n'a pas de caractère de régularité ;
- aux sténographes-rédacteurs qui possèdent un statut particulier ;
- aux courriéristes, critiques et reporters théâtraux, dont la fonction est par essence du soir ;
- à la rubrique des tribunaux (chroniqueurs, rédacteurs, informateurs) ;
- aux préfecturiers, séanciers et rédacteurs municipaux ;
- aux rédacteurs détachés seuls en poste.
Si tu n'es dans aucun de ces cas, la prime t'est due : cette liste est limitative, elle ne se devine pas au métier.
3. En presse hebdomadaire, en presse périodique et en radio : en argent ou en temps
Dans ces trois formes de presse seulement, ta convention laisse ton employeur compenser la nuit soit en salaire, soit en temps. Partout ailleurs, dans les quotidiens et les agences notamment, elle est payée.
Ce que le texte ne dit pas, c'est combien de temps il rend : la durée du repos n'est chiffrée nulle part et se règle dans ton entreprise. Ce qui est sûr, en revanche : tu n'as pas les deux. Si tes heures de nuit te reviennent en repos, l'argent n'est plus dû, et réclamer les deux te ferait demander deux fois la même chose.
4. Les jours fériés : travaillés, ils te reviennent en repos
Ta convention liste onze jours fériés : 1er janvier, lundi de Pâques, 1er mai, 8 mai, Ascension, lundi de Pentecôte, 14 juillet, 15 août, 1er novembre, 11 novembre et 25 décembre. Travaillés, ils donnent lieu à récupération, et non à une majoration de salaire.
Un exemple : tu travailles 7 heures un 14 juillet. Tu ne touches rien de plus ce jour-là, mais 7 heures de repos te sont dues. Ce repos peut être pris en une seule fois, de préférence entre le 1er octobre et le 31 mai, et il ne vient jamais à la place de tes repos hebdomadaires de la période.
Une exception, et elle vient de la loi : le 1er mai travaillé est payé double dans toutes les branches. Comme ta convention le range aussi parmi les jours qui se récupèrent, le repos vient en plus du doublement.
5. Le dimanche : rien de prévu, mais ton second jour de repos se réclame
Ta convention ne prévoit aucune majoration ni aucun repos en plus pour un dimanche travaillé, et le Code du travail n'en impose pas non plus de principe. Ce n'est pas un oubli de lecture : c'est vérifié, et ça t'évite de réclamer ce qui n'existe pas dans ta branche.
Ce que tu as à la place, et qui se réclame :
- un repos hebdomadaire de 2 jours, en principe consécutifs ;
- si le second jour ne t'est pas donné, un repos compensateur t'est assuré dans un délai qui ne peut pas dépasser 60 jours, porté à 90 jours du 1er mai au 31 octobre ;
- si ce repos, que tu as demandé, ne peut pas t'être accordé dans ce délai, il te revient alors en argent.
Si ta fiche de paie porte malgré tout une majoration de dimanche, elle vient d'un accord d'entreprise, de ton contrat ou d'un usage de ton employeur : garde-la, elle t'est acquise.
6. Heures supplémentaires et contingent : 35 heures, et 220 heures par an
Ta convention ne fixe aucun taux d'heures supplémentaires : c'est le barème légal qui s'applique, +25 % de la 36e à la 43e heure, puis +50 % à partir de la 44e.
Attention à une phrase périmée : ta convention porte encore une durée de 39 heures par semaine, écrite dans les années 1980. Elle renvoie elle-même aux lois en vigueur, et la durée légale est aujourd'hui de 35 heures. Tes majorations démarrent donc à 35 heures, pas à 39 : c'est jusqu'à 4 heures par semaine qui se perdraient en silence.
Un exemple : une semaine à 42 heures, à 16,00 € de l'heure, te donne 7 heures supplémentaires payées 140,00 € bruts, dont 28,00 € de majoration.
Le contingent est de 220 heures par an : ta convention n'en fixe aucun, c'est donc celui de la loi. Au-delà, chaque heure supplémentaire ouvre une contrepartie obligatoire en repos qui s'ajoute à la majoration : 30 minutes par heure dans les entreprises de 20 salariés au plus, 1 heure par heure au-delà.
Et une particularité de ton métier : les dépassements exceptionnels rendus nécessaires par l'exercice de la profession et les exigences de l'actualité donnent droit à récupération. Un bouclage qui déborde n'est pas censé se perdre.
Tu donnes une seule fois le minimum de ta grille, et l'application le transforme en euros par heure de nuit : elle découpe tes journées à 21 heures et à 6 heures, applique les 15 % au prorata et ne compte que les journées qui finissent après 23 heures, sans que tu aies à tenir ce calcul toi-même. Elle te demande une fois si tes heures de nuit te sont payées ou rendues en repos, et coupe l'argent si c'est du repos. Un jour férié travaillé se transforme tout seul en heures de récupération. Elle compte tes heures supplémentaires semaine par semaine à partir de 35 heures, suit ton contingent au fil de l'année, et te dit surtout ce qui reste après cotisations, pas seulement le brut. Si l'écart avec ta fiche de paie est réel, elle rédige la lettre de réclamation à ta place.
Sources et dates : Convention collective nationale des journalistes : articles 29 (durée du travail, repos hebdomadaire, récupération des dépassements), 30 (travail de nuit, exclusions, compensation en temps) et 34 (récupération des jours fériés). Textes en vigueur et étendus, lus à la source les 30 août et 16 septembre 2026. Heures supplémentaires et contingent : régime légal, vérifié sur le site du ministère le 3 août 2026 et reconfirmé le 11 septembre 2026. Un accord d'entreprise peut prévoir davantage, et c'est alors lui qui s'applique.
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