Restauration rapide : ta nuit vaut +10 %, puis +30 % après 2 heures
Équipier polyvalent, équipière, cuisinier, préparateur, hôte de caisse, livreur ou manager : si tu fermes tard ou si tu ouvres avant le jour, ta convention te donne un droit que le Code du travail ne prévoit nulle part. Toute heure travaillée entre minuit et 2 heures est majorée de 10 %, et toute heure travaillée entre 2 heures et 6 heures de 30 %, que tu sois reconnu travailleur de nuit ou non. Voici les réponses à tes questions.
1. Ta nuit se paie à deux taux : +10 %, puis +30 %
C'est le droit le plus fort de ta branche, et il tient en deux lignes : toute heure effectivement travaillée entre minuit et 2 heures du matin ouvre droit à une majoration du taux horaire de 10 %, et toute heure travaillée entre 2 heures et 6 heures à une majoration de 30 %.
Pour qui ? Pour les salariés des niveaux I à IV, qu'ils soient ou non considérés comme travailleurs de nuit. Autrement dit : une seule fermeture tardive dans le mois suffit. Tu n'as aucun statut à demander, aucun seuil à atteindre. Les cadres (niveau V), eux, n'y ont pas droit.
Pourquoi ça compte : le Code du travail ne fixe aucun taux de nuit. Ces deux majorations ne remplacent donc rien, elles s'ajoutent à ce que la loi te garantit déjà.
Un exemple : tu fermes de 22 heures à 6 heures, à 12,00 € de l'heure. Les deux heures avant minuit ne sont pas majorées. Les 2 heures entre minuit et 2 heures valent 2,40 € de plus, et les 4 heures entre 2 heures et 6 heures valent 14,40 € de plus. Cette nuit t'apporte 16,80 € de majorations brutes. Sur quatre nuits par semaine, cela fait 67,20 € par semaine.
Pour le refaire chez toi : compte tes heures entre minuit et 2 heures, multiplie-les par ton taux horaire et par 0,10 ; compte tes heures entre 2 heures et 6 heures, multiplie-les par ton taux horaire et par 0,30. Additionne les deux.
2. Le piège : entre 22 heures et minuit, rien n'est majoré
Ta convention appelle travail de nuit tout travail entre 22 heures et 7 heures, et ton entreprise peut retenir la plage de 21 heures à 6 heures par accord. Mais cette plage sert à ouvrir le statut de travailleur de nuit : elle ne commande pas ton taux.
Les majorations, elles, ne démarrent qu'à minuit. Une soirée qui s'achève à 23 heures est du travail de nuit au sens de la définition, et n'ouvre pourtant aucune majoration de branche. Le savoir t'évite de réclamer une ligne qui n'existe pas, et te fait vérifier celles qui existent.
3. Un repos en plus si tu fais beaucoup de nuits, et ton retour payé après 22 heures
Tu es travailleur de nuit si tu fais au moins 3 heures de nuit, au moins deux fois par semaine, selon ton horaire habituel, ou si tu atteins 360 heures de nuit sur douze mois consécutifs.
Dans ce cas, chaque heure travaillée dans la plage de nuit t'ouvre un repos compensateur de 2 %. Concrètement : cinquante heures de nuit donnent une heure de repos, et les 360 heures qui ouvrent le statut en donnent déjà plus de 7. Ce repos s'ajoute aux majorations, il ne les remplace pas, et il vaut aussi pour les cadres.
Il doit se voir sur ta paie : dès 8 heures acquises, ton employeur doit l'indiquer sur ta fiche de paie ou sur une fiche jointe, avec le délai pour le prendre. Tu le prends par demi-journée de 4 heures, dans les 2 mois, en le demandant 7 jours avant. S'il n'est pas pris quand ton contrat s'arrête, il t'est payé.
Et ton retour, que tu sois travailleur de nuit ou non : si tu quittes ton travail après 22 heures sans transport en commun disponible, tes frais de taxi ou de voiture de transport avec chauffeur te sont remboursés sur justificatif, dans la limite de 23 € par course en Île-de-France et 22 € en province, sous 8 jours. Ton employeur peut aussi te rembourser un covoiturage dans les mêmes limites, mais ce n'est pas une obligation. Et ton contrat ne peut pas écarter de ce droit les salariés qui n'ont pas de véhicule.
4. Le dimanche : ta branche ne prévoit rien, et c'est une information
Ta convention organise ton repos hebdomadaire, mais elle ne prévoit aucune majoration ni aucun repos en plus pour un dimanche travaillé. Le Code du travail n'en impose pas non plus de principe. Ce n'est pas un oubli de lecture : c'est vérifié, et ça t'évite de réclamer ce qui n'existe pas dans ta branche.
Ce que tu as à la place, et qui se réclame :
- 2 jours de repos par semaine, pas obligatoirement à jour fixe ;
- 2 jours consécutifs si ton établissement est ouvert 7 jours sur 7 ;
- à temps complet, au moins 8 week-ends de repos par an, hors congés payés ;
- jamais plus de 8 jours consécutifs de travail, sauf sur ta demande expresse, et 10 au maximum.
Si ta fiche de paie porte malgré tout une majoration de dimanche, elle vient d'un accord d'entreprise, de ton contrat ou d'un usage de ton employeur : garde-la, elle t'est acquise.
5. Les jours fériés : après 8 mois, un férié travaillé se paie ou se récupère
Ta convention pose une condition d'ancienneté : il faut être présent dans l'entreprise depuis plus de 8 mois pour bénéficier des jours fériés légaux. En dessous, la branche ne te donne rien de plus que la loi, qui te protège quand même : dès 3 mois d'ancienneté, un jour férié chômé ne peut pas faire baisser ta paie.
Au-delà, ces jours sont soit rémunérés, soit compensés en temps, et c'est ton employeur qui choisit, pas toi. Pour un jour férié travaillé, cela veut dire : en plus de ta paie habituelle, soit une journée payée, soit une journée de repos. Ta convention le dit elle-même ailleurs, quand elle parle des « jours de compensation au titre de jours fériés travaillés ».
Un exemple : tu travailles 7 heures le 14 juillet, à 12,00 € de l'heure. Ton employeur te doit soit 84,00 € de plus sur ta paie, soit une journée de repos.
Deux points à connaître :
- si tu es absent un jour férié, aucune compensation ne t'est due ;
- si ton repos hebdomadaire est habituellement pris à jour fixe, ton employeur ne peut pas le déplacer sur le jour férié sans ton accord exprès. Sans ça, tu perdrais un jour de repos en silence.
Une exception, et elle vient de la loi : le 1er mai travaillé est payé double, dans toutes les branches. Il n'entre pas dans le régime ci-dessus.
6. Heures supplémentaires et contingent : 220 heures, quelle que soit la taille
Au-delà de 35 heures par semaine, ta branche applique le barème légal : +25 % pour les huit premières heures supplémentaires, puis +50 % à partir de la 44e heure.
Un exemple : une semaine à 42 heures, à 12,00 € de l'heure, te donne 7 heures supplémentaires payées 105,00 € brut, dont 21,00 € de majoration.
C'est la semaine civile qui compte, jamais le mois. Elle va du dimanche 0 heure au samedi minuit, ou du lundi au dimanche, et ton entreprise doit s'en tenir à la référence qu'elle a choisie.
Le contingent est de 220 heures par an, pour toutes les entreprises de la branche, quelle que soit leur taille. Au-delà, chaque heure supplémentaire ouvre une contrepartie obligatoire en repos qui s'ajoute à la majoration : 30 minutes par heure dans les entreprises de 20 salariés au plus, 1 heure par heure au-delà.
Deux réserves qui changent tes montants : ton entreprise peut remplacer le paiement de ces heures par un repos équivalent ; et si elle répartit la durée du travail sur l'année en t'accordant des jours de repos, le déclenchement ne se fait plus à 35 heures mais à 37 heures (avec 11 jours de repos) ou 39 heures (avec 22 jours de repos).
7. Ce que ta convention prévoit aussi
Ta prime annuelle, que l'application compte au mois de son versement, dès 1 an d'ancienneté continue : 215 € de 1 à 3 ans, 285 € de 3 à 5 ans, 365 € de 5 à 10 ans, 475 € de 10 à 15 ans et 525 € à partir de 15 ans, au prorata de ton contrat à temps partiel, si tu es encore dans l'effectif le jour du versement. Elle est versée le mois de la clôture des comptes de ton entreprise : l'application la compte en décembre, à changer dans les réglages de ton employeur. Il faut ta date d'entrée, dans les réglages de ton employeur, pour qu'elle soit comptée.
Ta pause repas de moins de 30 minutes compte comme du travail et doit t'être payée : 20 minutes par jour sur 22 jours, c'est 7 h 20 payées. Quand ton déjeuner pointé dure moins de 30 minutes, l'application le compte en entier comme du travail.
L'application ne chiffre pas ces droits-là, mais ils sont écrits dans ta convention :
- Le repas : dès que ta journée couvre au moins une heure de pointe, ou atteint 5 heures, tu as droit à un repas pris en charge (titre-restaurant, panier ou repas sur place, selon ton entreprise).
- 12 heures de repos avant de reprendre, au lieu de 11, si tu quittes ton poste après minuit à Paris et en région parisienne, ou après 22 heures en province.
- Ta tenue : si elle est imposée et que tu la laves toi-même, une indemnité de blanchissage de 3,82 % du minimum garanti par heure travaillée, jusqu'à 151,67 heures par mois. Si tu dois la mettre et la retirer sur place, ce temps compte comme du travail, ou te donne 2 jours de congé en plus par an.
- À temps partiel, chaque heure faite au-delà d'un avenant de complément d'heures est majorée de 25 % dès la première.
- Un remplacement : si tu remplaces entièrement un collègue d'un niveau supérieur, une prime porte ta paie au minimum de son poste dès le premier jour. Pendant la période probatoire d'une promotion, une prime d'au moins la moitié de l'écart, et la moitié de ce qui t'a été versé en plus si tu es confirmé.
- Livreur en deux-roues motorisé : des gants fournis, ou une paire remboursée par an dans la limite de 2,5 fois le minimum garanti.
Tu indiques ta convention une seule fois, et l'application applique les deux taux de nuit heure par heure : 10 % entre minuit et 2 heures, 30 % entre 2 heures et 6 heures, sans que tu aies à découper ta nuit toi-même. Elle compte tes heures supplémentaires semaine par semaine aux bons taux, suit ton contingent au fil de l'année et te prévient quand tu approches des 220 heures qui ouvrent ton repos en plus. Elle te dit surtout ce qui reste sur ton compte après cotisations, pas seulement le brut. Et si l'écart avec ta fiche de paie est réel, elle rédige la lettre de réclamation à ta place. Si tu signes un avenant de complément d'heures, tu l'indiques une fois (horaire porté à, du, au) et elle compte ces semaines avec les taux de ta branche décrits plus haut, sans fausse alerte de dépassement.
Sources et dates : Convention collective nationale de la restauration rapide, articles 29.2, 31.1 à 31.4, 32, 33.3, 34, 36.a.1 à 36.a.4, 36.b, 40 et 42. Textes en vigueur et étendus, lus à la source jusqu'au 26 septembre 2026. Un accord d'entreprise peut prévoir davantage, et c'est alors lui qui s'applique.
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