Bâtiment : ton samedi travaillé t'est rendu en repos
Maçon, coffreur, plaquiste, électricien, plombier, couvreur, peintre, carreleur : si ton entreprise compte 10 salariés au plus, ta convention te donne des droits que beaucoup ignorent. Un samedi travaillé t'est rendu en repos, tes pauses des travaux pénibles sont payées, et ton contingent d'heures supplémentaires est de 180 heures, pas 220 : ton repos en plus s'ouvre 40 heures plus tôt. Voici les réponses à tes questions.
1. Un samedi (ou un lundi) travaillé : tes heures te sont rendues en repos
Ton repos de la semaine, c'est 48 heures d'affilée : le dimanche et le samedi (ou le lundi). Si ton employeur te fait travailler ce samedi (ou ce lundi), pour des travaux urgents ou continus par exemple, il te doit un repos égal aux heures faites en plus de tes 5 jours, à prendre sous 5 semaines, si possible dans le même mois.
La moitié de ce repos est payée : pour un samedi de 7 heures, 7 heures de repos, dont 3 h 30 payées, soit 56 € à 16 € de l'heure. Ces heures du samedi restent bien sûr payées, avec leurs majorations d'heures sup.
Une seule exception : un samedi qui sert à rattraper des heures perdues pour intempéries n'ouvre pas ce repos.
Ce que fait l'application : elle te demande une fois ton jour de repos, puis, quand tu le travailles sur une semaine de 6 jours, si c'était en plus de ta semaine ou pour rattraper des intempéries. Elle compte alors ton repos et te rappelle la date limite.
2. Tes heures supplémentaires : 25 % puis 50 %
Au-delà de 35 heures par semaine : +25 % pour les huit premières heures, puis +50 % à partir de la 44e heure. C'est la semaine qui compte, pas le mois.
Un jour férié chômé compte comme du travail pour tes heures sup. Exemple : un lundi férié chômé (7 heures), puis 4 jours de 9 heures. Tu as travaillé 36 heures, mais ta semaine en compte 43 : 8 heures sup à 25 %, soit 32 € à 16 € de l'heure, au lieu d'une seule.
3. Ton contingent : 180 heures, et c'est à ton avantage
Le contingent est le nombre d'heures supplémentaires que ton employeur peut te demander dans l'année. Pour les ouvriers des entreprises de 10 salariés au plus, il est de 180 heures, ou de 145 heures si ton horaire est annualisé, c'est-à-dire compté sur toute l'année.
Pourquoi c'est une bonne nouvelle : au-delà du contingent, chaque heure sup ouvre en plus une contrepartie obligatoire en repos de 30 minutes par heure (c'est la loi pour une entreprise de 20 salariés au plus). Avec 180 heures au lieu des 220 du Code du travail, tu y arrives 40 heures plus tôt dans l'année. Ta convention écrit encore un repos de 100 % pour des heures « exceptionnelles » autorisées par l'inspection du travail, une autorisation que la loi a supprimée en 2008 : c'est le repos de la loi qui s'applique, et c'est lui que compte l'application.
À ne pas confondre : les 300 heures fixées par un accord de 2018 ne valent que pour les entreprises de plus de 10 salariés.
Ce que fait l'application : elle te demande une fois si ton temps de travail est compté sur l'année. Tant que tu ne réponds pas, elle compte 180 heures, pour ne jamais te faire réclamer un repos qui ne te serait pas dû.
4. Les travaux pénibles : tes pauses sont payées
Pour les travaux que ta convention liste, tu as droit à des interruptions égales à 10 % du temps de travail pénible, payées et comptées comme du travail : 42 minutes pour 7 heures.
La liste : montage ou démontage d'échafaudages, de grues ou de sapines à plus de 10 mètres au bord du vide, travail sur échafaudage volant ou à la corde à nœuds, plus de 25 cm d'eau, marteau-piqueur ou brise-béton tenu à la main, vapeurs d'acide, égouts en service et fosses d'aisances, fouilles étroites de plus de 6 mètres de profondeur, locaux à plus de 45 °C, port d'un masque.
Ce que fait l'application : elle te demande une fois si c'est ton travail habituel, puis recompte tes pauses pointées comme du travail, jusqu'à 10 % de ta journée.
La nuit, le dimanche et les jours fériés : c'est ta région qui fixe les taux
La convention nationale ne fixe aucune majoration de nuit, de dimanche ni de jour férié travaillé : elle les renvoie aux conventions régionales.
- En Isère, un accord étendu majore la nuit (de 21 h à 6 h) : +100 % pour une intervention urgente ou imprévisible, +30 % pour un chantier de nuit prévu de plus de 8 jours. Seule la majoration la plus élevée s'applique, sans s'ajouter aux heures sup. Au-delà de 4 heures de nuit, tu as aussi droit à un repas de nuit de 14,14 € et à une pause casse-croûte de 30 minutes payée. Ce que fait l'application : elle reconnaît l'Isère à l'adresse de ton établissement, te demande une fois si tes nuits sont des interventions urgentes ou un chantier prévu, puis compte la majoration, le repas et la pause. Sans ta réponse, elle s'en tient à 30 %.
- En Île-de-France, la convention régionale de 1993 a été dénoncée en 2018 et ne s'applique plus depuis mi-2019. Déjà en poste à cette date ? Ton employeur te doit au moins ta rémunération annuelle d'alors.
- Dans le Nord-Pas-de-Calais, la convention régionale de 2014 prévoit +100 % la nuit, le dimanche et les jours fériés, mais elle n'est pas étendue : elle ne vaut que si ton employeur adhère à une organisation qui l'a signée.
Le 1er Mai travaillé, lui, est payé double partout : c'est la loi. Ce que tu peux faire : si une majoration figure sur ta fiche de paie, le scan la reprend, ou tu la saisis dans l'application.
Ce que ta convention prévoit aussi
L'application ne chiffre pas ces droits-là, mais ils sont écrits dans ta convention :
- Une prime de vacances de 30 % de ton indemnité de congé de 24 jours, dès 1 675 heures de travail dans l'année (une maladie ne te la fait pas perdre). C'est la caisse de congés du bâtiment qui la verse, avec ton congé.
- La polyvalence : au niveau III ou IV, avec deux diplômes du bâtiment de spécialités différentes que tu utilises dans ton travail, ton salaire est d'au moins 110 % du minimum de ton coefficient.
- Le jour férié chômé t'est payé si tu as fait au moins 200 heures dans une ou plusieurs entreprises du bâtiment dans les 2 mois d'avant, et si tu as travaillé la veille et le lendemain (une absence autorisée ou une maladie ne compte pas).
- Les petits déplacements (repas, trajet, transport) et les salaires minimums : ils sont fixés par chaque région.
Tu indiques ta convention une seule fois. L'application te demande ton jour de repos et compte le repos de chaque samedi (ou lundi) travaillé en plus de ta semaine. Elle te demande aussi, une fois, si tes travaux sont pénibles : tes pauses pointées sont alors recomptées comme du travail. Elle suit ton contingent de 180 heures au fil de l'année. Elle te dit ce qui reste réellement sur ton compte après cotisations, pas seulement le brut. Si l'écart avec ta fiche de paie est réel, elle rédige la lettre de réclamation à ta place.
Sources et dates : Convention collective nationale des ouvriers du bâtiment (entreprises occupant jusqu'à 10 salariés) du 8 octobre 1990, articles 1.31, 3-13, 3-14, 3-17, 3-22, 3-30, 4-2, 5-11, 5-25 et 12-5 ; avenant no 3 du 17 décembre 2003 ; accords de l'Isère de 2019 et 2023, étendus ; avenant du 27 avril 2023 (préambule) pour l'Île-de-France. Textes lus à la source les 31 octobre et 1er novembre 2026. Un accord d'entreprise peut prévoir davantage, et c'est alors lui qui s'applique.
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